L'aventure du Bitcoin

Publié le 21/01/2016 à 20:53:55 par Didier - Mise à jour de l'article le 16/05/2016

Bitcoin

 
En 2008, quelqu'un (ou un groupe) publie un document sous le pseudonyme de Satoshi Nakamoto. Ce document décrit une version peer-to-peer d'argent électronique qui permettrait d'envoyer directement des paiements en ligne de quelqu'un à quelqu'un d'autre sans passer par une institution financière. La première mise en œuvre de ce concept est connue sous le nom de Bitcoin. Aujourd'hui on parle de « crypto-monnaies » pour décrire tous les réseaux et moyens d'échanges qui utilisent la cryptographie pour sécuriser les transactions, par opposition à des systèmes dans lesquels les transactions sont sécurisées par un tiers tel qu' une banque.

L'auteur du premier document a voulu rester anonyme, ou du moins c'est ce que nous pensons, car personne ne sait qui est réellement ce mystérieux Satashi Nakamoto. Quelques mois après la parution du document, il a mis en ligne un programme open source mettant en œuvre ce nouveau protocole. Tout le monde pouvait l'installer sur son ordinateur et faire partie du réseau Bitcoin. Sa popularité n'a cessé d'augmenter depuis lors. Aujourd'hui, le mot Bitcoin désigne la monnaie utilisée comme unité de compte sur ce réseau. Il suscite l'intérêt des économistes en raison de sa politique monétaire unique et universelle. Le Bitcoin peut également désigner la technologie employée dans le protocole décrit par Satoshi, mais on parle plus généralement de Blockchain pour désigner celle-ci. Elle permet une suppression du tiers central dans les transactions financières et propose une nouvelle gamme de possibilités bien au-delà des finances. Les banques s'y intéressent car la technologie mise en œuvre peut leur permettre d’économiser de 15 à 20 milliards de dollars d'ici à 2022.

Alors, comment ça marche le Bitcoin ?


À ce stade, pour vous convaincre qu'il s'agit vraiment d'une innovation nécessitera une plongée dans quelques détails techniques. La technologie Bitcoin est relativement simple à utiliser, comme de l'argent. Les utilisateurs envoient et reçoivent des Bitcoins en utilisant un simple logiciel de portefeuille installé sur un ordinateur personnel, une smartphone ou une application web.

Sur le réseau il existe une base de données publique qui comporte un enregistrement séquentiel de toutes les transactions, c'est le blockchain. Elle enregistre le certificat de propriété actuel des Bitcoins ainsi que la propriété précédente. Dans un monde traditionnel, le registre est centralisé. C'est ce qu'on appelle le Grand Livre de Comptes. Ici, on le retrouve de partout sur internet. Tout le monde qui utilise le réseau Bitcoin possède une copie du registre et tout le monde peut voir le solde de tous les comptes, mais personne ne peut le contrefaire.

Ce consensus pour un registre unique et valide est obtenu par une méthodologie qui représente la véritable innovation du Bitcoin. En plus de cette caractéristique unique, le réseau est conçu comme un réseau peer-to-peer semblable à eMule. Il est complètement décentralisé et ne possède pas de serveurs dédiés. Chaque point du réseau peut devenir serveur à son tour ce qui le rend résistant contre toute tentative d'anéantissement. C'est très semblable au postulat de départ du réseau Internet.

Voyons maintenant comment les gens peuvent échanger leurs pièces de monnaie sur le réseau. Il est basé sur la cryptographie asymétrique pour sécuriser les portefeuilles des particuliers et est largement utilisé dans l'Internet d'aujourd'hui. La cryptographie est parfois utilisée pour envoyer un message crypté en toute sécurité. C'est également un moyen pour créer une signature numérique. Le but de la cryptographie est, dans le cas du Bitcoin, de veiller à ce que le message provienne d'une source fiable. Pour signer un message (que tout le monde peut lire) il faut utiliser une clé privée (un peu comme la clé de votre réseau Wifi). Toute personne possédant la clé publique peut vérifier que l'auteur du message est le propriétaire de la clé privée. Posséder une adresse Bitcoin (la clé publique) est la condition préalable pour recevoir un Bitcoin. C'est très similaire au principe de Paypal qui ne demande au départ qu'un adresse e-mail pour ouvrir un compte. Contrairement à l'ouverture d'un compte bancaire, ce qui exige l'acceptation de la banque, vous pouvez créer une adresse Bitcoin sans aide et sans aucune autorisation. En résumé, avec Bitcoin vous gérez votre argent numérique vous-même, sans l'aide d'une banque. Le réseau est également un système de messagerie où vous pouvez envoyer des ordres.

Bitcoin est également un système de règlement. Un nouveau bloc est ajouté environ toutes les 10 minutes au blockchain, contenant les transactions des 10 dernières minutes. L'explication peut être très technique sur ces détails, mais vous pouvez prendre pour acquis qu'une opération est irréversible à partir du moment où d'autres blocs sont venus s'ajouter à celui contenant votre transaction. Sur un forum internet vous pouvez encore modifier le message que vous venez de poster, mais dès lors que ce message a reçu des réponses il est alors impossible d'y apporter des corrections. Avec blockchain c'est exactement le même principe.

Alors que beaucoup décrivent le Bitcoin comme une monnaie, il s'agit en fait principalement d'une technologie open source perturbatrice pour le monde financier. Le Bitcoin est parfois appelé « l'argent de l'Internet ». Son noyau est la première tentative réussie pour un registre sécurisé et décentralisé. Il doit être considéré comme une invention au même titre que le moteur à vapeur ou le moteur à explosion.

Une nouvelle monnaie hébergée sur un blockchain


Le 22 mai 2015, des groupes se sont réunis de partout dans le monde. Ils ont célébré le cinquième anniversaire du premier achat enregistré en utilisant la technologie Bitcoin. Une pizza a été achetée pour 10.000 Bitcoins le 22 mai 2010. Avant cette date le Bitcoin n'avait pas de valeur reconnue. Quelques mois plus tard, un échange en ligne a vu s'échanger des Bitcoins contre des dollars. Le Bitcoin avait un cour. La valeur d'un Bitcoin a depuis atteint des sommets en montant au-dessus des 1200 dollars US en Décembre 2013 avant de retomber autour de 240 $. Elle est aujourd'hui à 407 $ mais le cour est très volatile. Alors pourquoi certaines personnes ont foi en cette monnaie ?

Cours du Bitcoin depuis septembre 2015
Cours du Bitcoin depuis septembre 2015

La principale raison est sans doute que la masse monétaire en circulation est connue à l'avance. Elle est inscrite dans le protocole. En 2009, la première pièce Bitcoin a été frappée et depuis 50 pièces sont créées toutes les 10 minutes environ. Le nombre de Bitcoins créés toutes les 10 minutes diminue toutefois par moitié tous les 4 ans, de sorte que le montant des Bitcoins en circulation va finalement atteindre la limite de 21 millions. Le Bitcoin est une denrée rare et c'est ce qui la rend précieuse. Les gens le voient comme une monnaie de réserve avec un comportement déflationniste. Qui sont les propriétaires principaux des pièces nouvellement frappées ? Les personnes qui fournissent la puissance de traitement (en mettant à disposition la puissance de calcul pour résoudre les énormes calculs mathématiques nécessaires pour maintenir le registre) sont récompensés par la création de nouveaux fonds et par des frais de transaction. Ceci est appelé « mining » et c'est l'incitation qui fait grandir le réseau. Certains utilisateurs volontaires laissent tourner en permanence un programme informatique qui analyse les transactions et met à jour l’historique. Ils gagnent ainsi des Bitcoins.

Deux scénarios pour l'intégration de cette technologie dans l'infrastructure des échanges monétaires


Qu'arriverait-il si la propriété de titres est enregistrée dans un blockchain ? Nous envisageons deux scénarios pour l'intégration de cette technologie dans le monde des échanges monétaires.

Le premier scénario crée une désorganisation totale. Dans sa forme la plus pure, un système distribué blockchain permet à tous les participants du marché un accès direct à la DSD (Dépositaire de Sécurité Décentralisée), à l'échange et à l'infrastructure post-marché (de compensation et de règlement). Si cette configuration se développe, les leaders actuels de l'industrie financière pourraient devenir redondants et inutiles. Toutefois, étant donné la nécessité de conserver la clé privée du compte en toute sécurité, il est possible que les investisseurs soient tentés de confier cette tâche à une autorité reconnue pour assurer la sécurité des clés privées. Les banques deviendraient alors des conservateurs de clés privées alors qu'elles sont actuellement des conservateurs de monnaie. Il est également possible que les gardiens des clés soient responsables de la couche applicative gravitant autour des blockchains ou qu'ils lancent leur propre réseau propriétaire. Ainsi on pourrait adhérer au réseau Bitcoin de BNP Paribas ou à celui des Banques Populaires. Et ces réseaux distincts échangeraient entre eux comme c'est le cas aujourd'hui avec les échanges inter-bancaires.

Le deuxième scénario est une intégration au sein de l'écosystème de la chambre de compensation. Le livre de comptes distribué pourrait être la prochaine génération de l'infrastructure IT. Dans ce scénario, les organismes financiers et les infrastructures de règlement pourraient utiliser le blockchain pour enregistrer la propriété des sommes et s'échanger les informations entre eux. Cependant les investisseurs auront toujours besoin d'utiliser un dépositaire pour avoir accès au marché. L'établissement bancaire aurait alors un rôle de « provider d'accès » très semblable aux fournisseurs d'accès à Internet (Free, Orange, Numéricable, ...). Le registre serait accessible uniquement aux participants du marché autorisés. Les acteurs existants resteront en charge dans ce scénario ; mais leur niveau de service pourrait changer et ils pourraient déployer de nouveaux services qu'ils ne pouvaient pas, dans le passé, parce que les investissements nécessaires étaient une énorme barrière à franchir à l'entrée.

La vertu de la décentralisation et les promesses du blockchain


Le Bitcoin a résolu un défi technique autour de la monnaie. Il a été accueilli avec enthousiasme et a été couronné de succès jusqu'ici. Aujourd'hui, n'importe qui peut créer son propre réseau basé sur l'utilisation des blockchain. Des dizaines d'entre eux existent déjà, certains ont une valeur, d'autres sont complètement dénués d'intérêt. Certains ont soulevé des millions juste pour livrer les promesses de leur business plan et d'autres ne brassent que du papier blanc. Ils ont généralement leur propre unité de compte, mais leur but va parfois au-delà. Les plus ambitieux pensent que, demain, il pourrait être possible d'utiliser cette infrastructure technologique pour stocker des fichiers, exécuter du code ou même pour gérer une entreprise. Il est toutefois sage de considérer la plupart des initiatives comme des projets de recherche et de développement. Il reste à démontrer si l'utilisation de ces techniques à grande échelle peut être obtenue à moindres coûts, ce qui permettrait une véritable révolution à la fois dans le monde des finances et dans le monde de l'informatique. Le consortium R3, le sujet de mon billet précédent, est l'un de ces projet les plus sérieux actuellement.

Traduction libre d'une publication de Johann Palychata, analyste à BNP Paribas.


Voir aussi Paymium, la plate-forme d’échange d’euros en bitcoins.

A lire également, journal Le Monde : La Banque d'Angleterre s'intéresse au Bitcoin

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